{La peur n'évite pas le danger}

fluctuatnecmergitur_www.thecreativecontente.com copie.jpg

*article écrit hier en fait de journée

Je n'ai pas encore vraiment réalisé ce qu'il s'est passé...

C'est tellement surréaliste, fou, inconcevable.

 

Je crois que c'est tellement énorme que mon cerveau n'arrive pas à digérer l'information. Comme après le deuil de son enfant ou de sa moitié ( je ne peux qu'imaginer ) Ton cerveau est dans un état de flottement et d'incompréhension. Tu continues encore un peu à lui parler comme si il était toujours là. Ton cerveau fait une espèce de déni.

Et pourtant c'est bien arrivé. Je le sais. 

Je le sais parce que je l'ai entendu. On l'a entendu. La détonation de 21h45. A 2 minutes de chez nous. Au bout de ma rue. Un mec s'est mis en terrasse et s'est fait sauté. Un vendredi soir. A Paris. Au bout de ma rue.

Mais ça on ne le savait pas encore. Et on ne savait pas non plus encore l'horreur qui était en train de prendre place au Bataclan.

En fait, on a entendu une détonation à 21h45, on s'est regardé avec un drôle d'air. Moi je me suis dit  "ça doit être un truc de gaz qui a dû exploser", ou quelque chose comme ça, tu cherches les causes "plausibles" dans ta tête. Puis on a continué nos vies de parents fatigués un vendredi soir.

Et puis ta soeur t'envoie un sms, une heure plus tard..."Vous allez bien?"

"Bah oui pourquoi ?"

"Parce qu'il y a une fusillade dans Paris" (...) MMmmm O-key. Genre un règlement de compte ?! Attends je mets Itélé "

 

(...)

La vérité c'est que c'était nous. C'est nous qui nous sommes fait tirer dessus vendredi soir. Au Bataclan, au concert des Eagles of Death Metal, c'était nous, c'est ce qu'on écoute. La fusillade à la Belle Equipe, c'est nous, c'est notre quartier, c'est nos balades, c'était au coin de la rue de notre halte-garderie...Et ça fait peur.

En vrai, depuis samedi, j'ai peur dès que j'entends un bruit un peu fort. Un bruit qui me semble un peu anormal (le même bruit qui me semblait tout à fait normal le jour d'avant) : la porte du 4ème qui claque, le bruit du vrombissement du métro à 5h30, le bruit de la porte du garage qui s'ouvre...ça me fait flipper.

 

"La peur n'évite pas le danger".

 

C'est ce que je me répétais avant de prendre l'avion pour NYC le mois dernier. (Depuis que je suis maman, j'ai une peur presque irrationnelle de mourir.)

Et c'est ce que je m'efforce de me répéter pour continuer à vivre "normalement". Et je le pense vraiment, La peur n'évite pas le danger alors à quoi bon ?

Pour vous dire la vérité, je ne suis pas encore vraiment ressortie depuis vendredi soir. Premièrement, ma fille a été malade dans la nuit du vendredi au samedi, elle a passé tout le samedi K.O. puis les choses de la vie de notre w-end ont fait qu'on n'est pas sorti, aujourd'hui (hier...) ma douce se plaignait encore du ventre et de la tête, on est donc resté à la maison. Ne vous méprenez pas, je n'ai pas eu non plus l'envie irrépressible de courir dehors. Et puis vous savez, je suis free-lance moi, passer beaucoup de temps chez moi, c'est pas inhabituel (c'est même très habituel !).

Mais demain, il va falloir ressortir dans notre quartier, celui où il y a un mec qui s'est fait péter à la terrasse du bout de la rue et ou les gens se font fusiller parce qu'ils boivent des coups en terrasse.

Et ce soir, il va falloir raconter à mon enfant... Expliquer l'inexplicable. Avant que la cour de récrée ne le lui dise.

Et après on va continuer à vivre, à rire, à boire, à écouter de la musique très fort et à s'aimer et à faire l'amour, si on veut, quand on veut. On va les envoyer se faire foutre.

Paris ne sombre pas. Allez vous faire foutre.

J'envoie toutes mes pensées, mon amour et mes sincères condoléances à tous ceux qui ont perdu un proche ce sombre vendredi 13 Novembre 2015.

L'amour plus fort que tout.